Tout ça prend tellement longtemps.

C’est tellement long, et je suis tellement lente, et dis, quand est-ce qu’on arrive, allez, on va plus vite, passe le turbo, ressaisis-toi, reprends-toi en main. Je voudrais arriver, que ce soit terminé, arriver au bout de cette étape et passer à la suivante. (Genre, y’a qu’à appuyer sur un bouton. Bécasse.) Allez, vas-y, depuis le temps que je suis bloquée, là.

C’est terriblement frustrant, tout ça. Et hyper dur. Certains jours (certaines semaines), j’ai l’impression que je resterai pour toujours coincée là où je suis aujourd’hui. J’occulte complètement le chemin que je sais avoir parcouru ces dernières années, tout ce que je sais avoir appris et compris récemment. J’ai envie de renoncer, d’aller siffler des cocktails à Honolulu, ou alors tout plaquer et aller vivre dans la forêt avec Totoro. Ou simplement de me laisser couler. Ou juste de rester en boule dans mon canapé à mater des séries, de préférence déconnectées du bulbe.

D’ailleurs, certains jours (certaines semaines), c’est le mieux que je peux faire. Je ne peux pas faire plus. Vraiment. Je me ficherais des claques tellement je me trouve apathique.

Mais je finis toujours par me rappeler que le chemin n’est pas fluide. Je ne peux pas avancer constamment. Je suis obligée d’observer des temps de repos pour intégrer certaines choses, les mûrir, les laisser prendre forme. C’est comme le temps de relaxation à la fin d’un cours de yoga : un moment essentiel pour que le corps comprenne ce qu’il vient de vivre. Ben voilà, c’est pareil.

« C’est trop facile, de faire le nuage », affirme mon fils. Rien n’est moins sûr. Rester là, immobile, concentrée sur ma respiration et les sensations dans mon corps ? Sans rien faire d’autre ? Je ne peux pas plutôt essayer de passer mes jambes derrière ma tête ? Ou courir un marathon, tiens. Ce serait moins angoissant.

Eh non. Dans ces phases de changement, de mutation qu’on connaît tous, il y a tellement de nouvelles données à intégrer, des choses dont on n’a parfois même pas conscience de prime abord, qu’il est impossible de faire l’impasse. Impossible de digérer tout ça, d’intégrer les leçons que la vie nous a apportées, voire balancées dans la tronche, et de continuer à avancer en même temps.

Alors, c’est OK de s’arrêter. D’observer des temps de pause. On n’est pas obligé de constamment foncer tête baissée, contrairement à ce que la pression productiviste voudrait nous faire croire. En fait, ne pas prendre ce temps-là, le temps de consulter sa carte et sa boussole intérieures, c’est le meilleur moyen de foncer dans le mur.

Et le meilleur moment pour s’arrêter, pour prendre ce break ? Quand on ne sait pas où aller, tout simplement. S’agiter comme un  beau diable parce qu’on a peur de se noyer, ça ne fait que soulever la vase. L’eau est complètement trouble, on n’y voit plus rien, c’est un peu dégueu, et comme il n’y a aucune visibilité, ça fait peur. Qui sait s’il n’y a pas un horrible monstre marin là-dessous ? Ou si on n’est pas bêtement en train de s’enliser dans la vase qu’on agite si bien qu’elle se mue en sables mouvants ?

Tandis que si on laisse le temps au sable de retomber, on y voit clair à nouveau. L’eau redevient limpide, et il y a même de fortes chances qu’on y découvre trésors et merveilles. Au pire, on sait enfin quelle direction prendre.

Alors, je laisse ma frustration de côté, je laisse le temps à ma boussole intérieure de s’ajuster, à mon moteur le temps de refroidir (ou peut-être à ma monture de récupérer), et je m’installe à l’auberge pour quelques jours. Ou alors, dans mon canapé avec un paquet de chips et un bon Stephen King ou une série régressive.

Et vous aussi, vous avez le droit de faire un break quand tout vous semble trop lourd. Ce n’est pas une perte de temps, au contraire. Prenez une pause quand vous en ressentez le besoin, de la longueur qu’il faudra. Et si quelqu’un râle, c’est bien dommage pour lui.

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5 réflexions sur “Le meilleur moyen d’avancer, c’est de s’arrêter

  1. C’est très juste et à méditer régulièrement. Cela me rappelle une chose à laquelle je pensais dernièrement au sujet du temps : il est important parfois de prendre le temps de se perdre, plutôt que d’aller toujours d’un point A à un point B. C’est s’ouvrir à l’inconnu et accepter que la beauté des choses est aussi dans le parcours et pas uniquement dans le fait d’atteindre notre objectif.

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