C’est la première fois de ma vie que je suis toute seule pendant aussi longtemps.

Entendons-nous bien, il y a mon fils (ma bataille, mon amour), et je ne suis jamais dans une solitude et un isolement totaux. Non, ce que je veux dire, c’est que je porte ma vie toute seule.

Mes choix. Mes décisions. Mes envies. À moi toute seule.

On pourrait croire que c’est grisant, mais moi, ça aurait plutôt tendance à me paralyser. Parfois pour des trucs bêtes : je n’ai pas envie d’aller à une soirée, et j’aimerais que quelqu’un me dise « c’est pas grave, t’es pas obligée d’y aller, personne ne t’en voudra. » Ben non, clairement, personne ne m’en voudra. (Et ceux qui m’en voudraient, c’est bien dommage pour eux.) Ou alors, le cuisiniste me propose deux options, j’entrave rien à la technique, j’ai peur de faire une connerie. Je prends conseil. J’aimerais que quelqu’un prenne la décision à ma place. Je tranche, ma cuisine est comme ci plutôt que comme ça, et ça ne change pas la face du monde, pas même du mien.

Des jours comme ça, je peux avoir envie de me barrer boire des cocktails à Honolulu. D’ailleurs, c’est le signe pour moi qu’il est temps de faire une pause et de respirer un peu.

D’autres questions ont des implications plus profondes qu’une soirée ou qu’une cuisine. Quand, au fond d’un gouffre bien noir, je me suis mise en pause de mon travail il y a environ un an, « le temps que l’envie revienne », je me suis posé la question à 100 000 dollars : au fond du fond, en vrai de vrai, si tout était possible, puisque tout est devenu possible, qu’est-ce que j’ai envie de faire de ma vie ?

La question m’a paralysée pendant des mois. Complètement paniquée. Et à vrai dire, je n’ai pas encore vraiment trouvé la réponse, même si elle s’esquisse de mieux en mieux. D’ailleurs, sans doute n’en finira-t-elle jamais de se dessiner. Je commence à soupçonner qu’elle est mouvante, et qu’elle évoluera sans cesse.

C’est vrai, quoi. On fait des choix de carrière, des choix de vie, en fonction de ce que Papa, Maman, les copains, les profs, les collègues, les conjoints, la société attendent de nous. Ou pire encore, de ce qu’on croit qu’ils attendent de nous. Nous sommes aux prises avec tellement d’influences qu’on ne sait même plus aller au fond de nous pour trouver les réponses aux questions les plus essentielles de notre vie.

Aujourd’hui, j’ai l’impression de boucler une boucle. Je reviens à l’une des premières réponses, sous forme d’interrogation, qui a émergé dans l’obscurité du gouffre sans fond où m’a précipitée la vie. En ce moment, c’est moi toute seule, parce que j’apprends à faire connaissance avec moi-même.

Là où on aurait pu croire que c’est tout un chemin vers l’extérieur, c’est tout un chemin vers l’intérieur. Je me défais de tout ce que je croyais, sur les autres et sur moi-même. Je pensais devoir défoncer des murs toujours plus épais, mais en fait, je me défais de toutes ces pelures d’oignon, je me dénude, jusqu’à arriver à mon cœur. Lentement, j’accepte de me mettre à nu, d’embrasser, enfin, ma vulnérabilité. C’est comme des pétales : je t’aime un peu, beaucoup, passionnément…

J’accepte que j’ai des défauts, qui ne sont pas vraiment des défauts, d’ailleurs, tout au plus des traits de ma personnalité. Au lieu d’essayer de les corriger, je peux simplement m’adapter à eux. J’accepte que oui, bien sûr, j’ai des points forts, des talents, même. Qu’il n’y a qu’à moi qu’ils semblent naturels, et que je peux, je dois les cultiver. Et, oh comme c’est bizarre, tous ces talents, ce sont des choses que je fais naturellement, et en plus, et surtout, je kiffe ça.

C’est fou, tout de même, qu’on en arrive à mettre de côté tout ce qui naturellement est bon pour nous, au nom d’on ne sait même plus quoi. Nous vivons dans un monde bien étrange.

C’est la première fois de ma vie que je suis seule pendant aussi longtemps, et malgré le chagrin, même si c’est dur, c’est probablement ce dont j’avais besoin pour enfin découvrir qui je suis sans masque et faux semblants. Sans chercher à faire plaisir aux autres. C’est la première fois de ma vie où je me donne la permission d’être pleinement moi.

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3 réflexions sur “Moi toute seule

  1. Encore une fois, ça me parle vraiment beaucoup ! Moi ça fait 10 ans (presque) que je suis seule, à décider, à choisir, et je commence juste à me faire confiance, à apprécier cette nouvelle liberté, et à me connaitre un peu mieux ! Fonce, c’est bon, mais le chemin est long…et certainement jamais vraiment fini. Merci pour ce billet. 🙂

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  2. à lire cet article, j’ai juste envie de te dire « merci ».
    Merci pour mettre des mots sur ce que tu traverses, et que d’autres peuvent traverser, pour diverses raisons d’ailleurs.
    Cette sensation d’enlever une à une ces épaisseurs qui séparent notre corps de notre coeur.
    Merci d’être toi !

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