Attraper le bonheur de peur qu’il ne se sauve

2016, c’est l’année du fun.

Quand je consulte ma boussole intérieure, c’est ça mon nord. Je veux une vie d’amour et de joie. Je ne veux surtout plus me prendre au sérieux. Je veux pouvoir, chaque jour, me dire que si ce devait être le dernier que je passe sur cette Terre, je serais en paix, parce que j’aurais été y chercher ce qui est important pour moi.

Ce n’a pas besoin d’être énorme. En bonne introvertie, un moment passé à regarder la pluie tomber, le chat sur les genoux, fait très bien l’affaire.

Dans cette chasse à ce qui me  ferait danser de joie, j’ai changé. Moi, l’ancienne femme invisible toute de noir vêtue, qui n’osais pas entrer dans un café toute seule de peur de déranger le serveur, j’ai laissé tomber une partie de mon armure.

J’étale mes livres et mes carnets à côté d’un décadent chocolat chaud aux marshmallows (bec sucré un jour, bec sucré toujours), et je passe des heures à griffonner en chantonnant les airs funky que diffuse le bar que Google Big Brother a désigné comme mon lieu de travail. Je mets des fleurs dans mes cheveux, surtout s’il pleut. Je me balade en robe très fille, ou au contraire en jogging. Je me fais un plaisir de mettre mes bottes en caoutchouc Mickey pour pouvoir sauter dans les flaques d’eau. Je danse, toute seule ou avec ma petite personne préférée, en préparant le dîner ou en attendant le bus. En chantant, bien sûr, c’est nul de danser sans musique.

Au pire, les gens sont parfaitement indifférents. (Ou ils me foudroient du regard, parce qu’eux ne doivent pas aimer Chantons sous la pluie, les philistins.) Au mieux, ils me/nous regardent avec des yeux qui pétillent, parfois une pointe d’envie.

J’ai passé trop longtemps à m’inquiéter du regard des autres. À vouloir « tout bien faire comme il faut ». Et finalement, à me pourrir toute seule. À m’auto-censurer. À m’empêcher de briller, tout en regardant, admirative et un peu envieuse, la fille assise devant moi dans le bus, celle qui avait orné sa coiffure élaborée de branches, de feuilles, de gypsophile, et même d’un petit oiseau coloré.

Je ne suis pas une de ces licornes auto-proclamées. J’en connais un certain nombre, qui sont très chères à mon cœur. Je crois bien que toute ma vie, je resterai une discrète avec sa pointe de fantaisie. Mais je ne veux plus m’empêcher de prendre le bonheur, la joie, le kif là où ils sont. Sans attendre ce soir, ce week-end, les prochaines vacances, ou l’année prochaine, quand ce sera plus raisonnable. Quand je l’aurai mérité. Oui, je crois que c’est ça qui m’a pourrie pendant si longtemps. L’impression que je devais mériter d’être heureuse. Et puis juste un petit peu, pour qu’il en reste plein pour les autres. Pas trop, pour ne pas être trop malheureuse quand, inéluctablement, quelque chose se barrerait en quenouille.

Mais ça, c’est fini. Je ne veux plus fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve.

Alors, je vais au ciné toute seule le lundi matin, quand tout le monde est au boulot. J’emmène mon fils à Disneyland un jour d’école. Je porte un jogging avec une fleur dans les cheveux et du rouge à lèvres très rouge, juste parce que j’ai envie, même si Cristina dirait que ça ne va pas dou tout, ma chériiie. Je lis Stephen King en écoutant Deva Premal. Je me nourris de soupe et de pain maison, et de charcuterie. J’embrasse mes contradictions, aussi, semble-t-il. Petit à petit, je fais la paix avec moi-même.

La conséquence, c’est que je fais beaucoup plus de choses. De choses qui me plaisent, et aussi de choses utiles. Même que de plus en plus souvent, maintenant que je suis de plus en plus moi-même, les deux se rejoignent. Et s’ils sont irréconciliables, eh bien, c’est moins pénible de faire ma déclaration d’impôts si je me fais la promesse de jouer après. Du coup, j’enchaîne même 2-3 autres trucs chiants derrière, dites donc. Pour être encore plus peinarde pour m’amuser après.

Attraper mon bonheur et me libérer de la peur du regard des autres, finalement, c’est faire le chemin jusqu’à moi. Être plus authentique. Ne plus – ou moins – me mentir à moi-même. J’ai bien vu que le bonheur pouvait s’échapper brutalement, violemment. Alors, fini de jouer les difficiles, les timides, les mijaurées. Fini de regarder le bonheur de loin avec envie. Je l’attrape, là où je peux. Et s’il est un peu difficile à trouver, je le fabrique toute seule.

Je level up en Rien À Foutre, et je profite de la vie.

 

Photo de Jordan Whitt via Unsplash

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